Arrêt maladie et rupture conventionnelle : ce que dit le droit

Par Leo

Un salarié en arrêt maladie peut-il signer une rupture conventionnelle ? La réponse est oui — et c’est souvent une surprise. Beaucoup pensent que l’arrêt constitue une protection absolue contre toute rupture du contrat. Ce n’est pas le cas. La Cour de cassation l’a confirmé à plusieurs reprises : l’arrêt maladie n’interdit pas la rupture conventionnelle, à condition de respecter les règles du jeu.

Reste que la situation mérite attention. Signer un accord de rupture pendant une période de vulnérabilité (financière, physique, psychologique) expose à des risques réels. Mieux vaut connaître ses droits avant de parapher quoi que ce soit.

Ce que la loi autorise réellement

Rupture conventionnelle et arrêt maladie : la règle de base

L’article L.1237-11 du Code du travail encadre la rupture conventionnelle sans mentionner d’interdiction liée à un arrêt maladie. Le principe est simple : employeur et salarié peuvent convenir d’un commun accord de mettre fin au contrat, quelle que soit la situation du salarié au moment de la signature.

La Cour de cassation a tranché en 2014 (arrêt n°13-15.950) : une rupture conventionnelle signée pendant un arrêt maladie d’origine non professionnelle est valable. Pas de nullité automatique. Pas d’interdiction.

✅ À retenir

Un arrêt maladie ordinaire (non lié à un accident du travail ou une maladie professionnelle) n’empêche pas la signature d’une rupture conventionnelle. Le contrat peut être rompu si les deux parties y consentent librement.

⚠️ L’exception : accident du travail et maladie professionnelle

Là, c’est différent. Pendant un arrêt consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle, le salarié bénéficie d’une protection renforcée. La rupture conventionnelle reste possible en théorie, mais tout vice de consentement sera examiné à la loupe par le conseil de prud’hommes. Certains juges considèrent que la vulnérabilité du salarié suffit à remettre en cause la liberté du consentement.

Résultat pratique : le risque d’annulation de la rupture est nettement plus élevé dans ce cas. Si vous êtes dans cette situation, consultez un avocat ou un conseiller du salarié avant de signer.

⚠️ À garder en tête

Si l’arrêt maladie fait suite à un burnout, du harcèlement moral ou toute situation de souffrance au travail, les tribunaux analysent souvent le consentement avec une exigence accrue. Une rupture signée sous pression peut être annulée.

Les étapes de la procédure en pratique

Comment se déroule la négociation ?

La procédure ne change pas parce que le salarié est en arrêt. Elle suit le schéma classique :

1
Entretien(s) préalable(s)
Au moins un entretien entre employeur et salarié pour négocier les conditions (date de départ, montant de l’indemnité). Le salarié peut se faire assister par un conseiller du salarié ou un représentant du personnel.
2
Signature de la convention
Les deux parties signent le formulaire Cerfa. À partir de cette date court un délai de rétractation de 15 jours calendaires.
3
Homologation par la DREETS
La convention est transmise à la Direction régionale. L’administration dispose de 15 jours ouvrables pour valider ou refuser. Sans réponse, l’homologation est tacite.

Point souvent oublié : pendant l’arrêt maladie, le salarié continue de percevoir ses indemnités journalières de la Sécurité sociale durant toute la procédure. L’arrêt ne s’interrompt pas parce qu’une négociation est en cours.

La date de rupture et la fin de l’arrêt

La date effective de rupture peut être fixée pendant ou après l’arrêt maladie. Rien n’oblige à attendre la reprise du travail. Le salarié et l’employeur choisissent ensemble la date de fin de contrat, à condition qu’elle soit postérieure au délai d’homologation.

Attention : si la rupture prend effet pendant l’arrêt, les indemnités journalières de la Sécurité sociale s’arrêtent à la date de fin de contrat. Pensez-y au moment de fixer le calendrier — un mois de plus peut faire une vraie différence financièrement.

Les indemnités : calcul et spécificités

L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle

Le montant minimum est fixé par la loi : au moins 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 au-delà. Mais l’arrêt maladie complique le calcul de la rémunération de référence.

Pendant l’arrêt, le salarié perçoit des indemnités journalières, pas son salaire plein. Le calcul de l’indemnité de rupture s’appuie sur le salaire brut des 12 derniers mois (ou des 3 derniers, si c’est plus favorable). Si l’arrêt dure depuis plusieurs mois, ces mois d’indemnités journalières intègrent la période de référence — ce qui peut réduire la base de calcul.

15 j

délai de rétractation après la signature de la convention de rupture

Fiscalité et chômage : que change l’arrêt maladie ?

L’indemnité de rupture conventionnelle bénéficie d’une exonération d’impôt sur le revenu (dans la limite de certains plafonds) et est exclue des cotisations sociales — dans les mêmes conditions que pour tout salarié, arrêt maladie ou non.

Côté chômage, le salarié a droit aux allocations chômage après la rupture conventionnelle, sous réserve de remplir les conditions d’affiliation (au moins 6 mois travaillés sur les 24 derniers mois). L’arrêt maladie n’ouvre pas de droits supplémentaires à l’assurance chômage, mais les périodes d’arrêt peuvent être prises en compte dans le calcul de l’allocation, selon les règles de France Travail.

Pour tout ce qui concerne la gestion des droits liés à l’absence maladie — notamment le maintien ou non des congés payés acquis pendant l’arrêt — l’article Arrêt maladie et congés payés : décrypter vos droits fait le point de façon très complète.

🎯 Faut-il accepter une rupture conventionnelle pendant un arrêt ?

Quand c’est une bonne décision

Certaines situations rendent la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie vraiment avantageuse :

  • Le salarié souhaitait déjà quitter l’entreprise et préfère toucher des allocations chômage plutôt que de démissionner.
  • L’employeur propose une indemnité supérieure au minimum légal pour accélérer le départ.
  • La relation de travail est définitivement dégradée et un retour serein est impossible.
  • Le salarié a un projet professionnel clair (reconversion, création d’entreprise) et a besoin du filet de sécurité du chômage.

Quand il vaut mieux refuser ou attendre

🟢 Signer peut avoir du sens 🔴 Mieux vaut attendre
Arrêt de courte durée, projet clair, indemnité négociée à la hausse, accord sincère des deux côtés Arrêt lié à un burnout ou harcèlement, pression de l’employeur, arrêt long qui réduit la base de calcul de l’indemnité

Dans tous les cas, rien n’oblige à signer dans l’urgence. Le délai de rétractation existe pour une raison : utiliser ces 15 jours pour consulter un conseiller du salarié (service gratuit, disponible dans chaque département) ou un avocat spécialisé en droit du travail.

Les enjeux liés à la rupture conventionnelle s’inscrivent dans un cadre plus large de relations entre employeurs et salariés — si vous gérez une structure et souhaitez mieux comprendre ces mécanismes, les ressources de Commerce & Entreprise peuvent apporter un éclairage utile.

💡 Notre conseil

Avant de signer, demandez toujours une simulation écrite de votre indemnité nette, vérifiez la base de calcul utilisée par l’employeur et consultez un conseiller du salarié. Ce service est gratuit, confidentiel, et peut éviter des erreurs coûteuses.