Arrêt maladie pendant un licenciement : quels sont vos droits ?

Par Leo

Vous recevez votre convocation à un entretien préalable de licenciement, et le lendemain votre médecin vous prescrit un arrêt maladie. Ou l’inverse : vous êtes déjà en arrêt quand votre employeur décide d’engager une procédure. Dans les deux cas, la question brûle : l’arrêt maladie protège-t-il du licenciement ? La réponse courte, c’est ça dépend — et les nuances ont des conséquences financières réelles.

Le droit du travail français distingue plusieurs situations selon l’origine de la maladie, le type de contrat et l’état d’avancement de la procédure de licenciement. Voici ce que vous devez savoir concrètement pour ne pas vous faire piéger par des idées reçues.

L’arrêt maladie suspend-il la procédure de licenciement ?

Principe général : la maladie n’arrête pas tout

Contrairement à une croyance répandue, un arrêt maladie ordinaire — lié à une pathologie non professionnelle — ne bloque pas le licenciement. L’employeur peut notifier un licenciement économique, pour insuffisance professionnelle ou même pour faute, même si le salarié est en arrêt au moment de l’envoi de la lettre. La Cour de cassation l’a réaffirmé à plusieurs reprises : la maladie n’est pas un bouclier automatique.

Ce que l’arrêt maladie protège, en revanche, c’est contre un licenciement motivé par la maladie elle-même. Autrement dit, si l’employeur tire comme seul argument votre état de santé, le licenciement est nul. La nuance est fine mais fondamentale.

Exception majeure : la maladie professionnelle et l’accident du travail

Là, les règles changent radicalement. Pendant toute la durée d’un arrêt lié à un accident du travail ou une maladie professionnelle, le contrat est suspendu et le salarié bénéficie d’une protection renforcée. L’employeur ne peut pas licencier, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident. Cette protection court jusqu’à la consolidation de l’état de santé — soit parfois plusieurs mois.

Un salarié en arrêt pour burn-out reconnu maladie professionnelle, par exemple, jouit de cette protection totale. La distinction avec un simple arrêt pour dépression non reconnue professionnellement est donc énorme, juridiquement parlant.

Convocation à l’entretien préalable et arrêt maladie : que se passe-t-il ?

Obligation d’y participer ou non ?

L’entretien préalable est une étape procédurale obligatoire avant tout licenciement non économique. Si vous êtes en arrêt maladie au moment de la convocation, vous n’avez aucune obligation légale de vous y présenter. Votre absence ne constitue pas une faute et ne fragilise pas votre position. L’employeur, lui, ne peut pas reporter indéfiniment la procédure sous prétexte de votre absence.

Plusieurs options s’offrent à vous :

  • Ne pas y aller, sans que cela aggrave votre situation.
  • Vous faire représenter par un conseiller du salarié — externe à l’entreprise, gratuit, disponible via la DREETS.
  • Y assister si votre état de santé le permet, pour défendre directement votre point de vue.

Si vous choisissez d’y participer malgré l’arrêt, cela ne signifie pas que vous renoncez à vos droits liés à la maladie. Gardez vos justificatifs médicaux.

Délais de procédure : l’arrêt maladie les allonge-t-il ?

Non, l’arrêt maladie ne suspend pas les délais légaux de la procédure de licenciement. L’employeur reste tenu de respecter le délai minimum entre la convocation et l’entretien (5 jours ouvrables), ainsi que le délai entre l’entretien et l’envoi de la lettre de licenciement. L’arrêt ne repousse rien. En cas de licenciement économique dans une entreprise de plus de 50 salariés, les délais du PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi) s’appliquent indépendamment de votre état de santé.

Indemnités et maintien de salaire : qui paie quoi ?

Indemnités journalières de la Sécurité sociale

Pendant un arrêt maladie, que vous soyez en cours de licenciement ou non, la CPAM verse des indemnités journalières à condition d’avoir cotisé suffisamment. En 2024, l’indemnité de base représente environ 50 % du salaire journalier de base, plafonné. Le délai de carence est de 3 jours pour une maladie ordinaire.

La procédure de licenciement ne modifie pas ce mécanisme. Votre droit aux IJSS dépend de votre situation vis-à-vis de l’Assurance maladie, pas de votre employeur. Sur les questions liées à la combinaison des droits pendant cette période, le sujet Arrêt maladie et congés payés : décrypter vos droits apporte un éclairage complémentaire utile.

Maintien de salaire par l’employeur pendant l’arrêt

La convention collective applicable peut imposer à l’employeur un complément de salaire pendant l’arrêt maladie — souvent appelé maintien de salaire ou subrogation. Cette obligation subsiste même si une procédure de licenciement est en cours, jusqu’à la date effective de rupture du contrat.

Dès que le licenciement est notifié et que le préavis commence à courir, les règles changent selon votre situation :

  • Si vous effectuez votre préavis malgré l’arrêt (préavis non exécuté pour cause de maladie), l’indemnité compensatrice de préavis reste due dans la plupart des cas.
  • Si votre convention collective prévoit la suspension du préavis pendant l’arrêt, le préavis reprend à votre retour — ce qui peut décaler la date de fin de contrat.
  • En cas de licenciement économique, le préavis est généralement considéré comme exécuté, même en arrêt.

Indemnité de licenciement : l’arrêt maladie change-t-il le calcul ?

L’indemnité légale de licenciement se calcule sur la base du salaire de référence (moyenne des 12 ou 3 derniers mois, selon le mode le plus favorable). Les périodes d’arrêt maladie peuvent abaisser ce salaire de référence si elles tombent dans la période de calcul. Certaines conventions collectives excluent ces périodes du calcul pour neutraliser l’effet négatif — vérifiez la vôtre. La règle d’1/4 de mois par année d’ancienneté (jusqu’à 10 ans) s’applique dans tous les cas, indépendamment de l’arrêt.

Après le licenciement : que devient votre arrêt maladie ?

Droits à l’Assurance maladie après la fin du contrat

Une fois le contrat rompu, vous n’êtes plus couvert par l’employeur, mais vos droits à l’Assurance maladie se maintiennent pendant un certain temps — jusqu’à 12 mois si vous remplissez les conditions de maintien de droits. Si vous êtes indemnisé par France Travail (ex-Pôle emploi), l’Assurance maladie prend le relais directement.

Attention : si votre arrêt maladie se prolonge après la fin du contrat, vous devez signaler à votre CPAM le changement de situation. Les IJSS peuvent continuer à être versées, mais les démarches administratives incombent désormais à vous seul — plus de subrogation possible via l’employeur.

Licenciement pendant un arrêt long : les points de vigilance

Un arrêt maladie de longue durée peut pousser un employeur à invoquer la perturbation durable du fonctionnement de l’entreprise pour justifier un licenciement. La jurisprudence admet ce motif, à condition que l’employeur démontre que l’absence désorganise réellement le service et qu’il a cherché à vous remplacer définitivement. Ce type de licenciement ne peut pas concerner un arrêt lié à un accident du travail ou une maladie professionnelle.

Si vous vous trouvez dans cette situation, les enjeux touchent à la fois au droit du travail et aux stratégies d’entreprise — un domaine où les pratiques RH jouent un rôle clé, comme l’analysent régulièrement des ressources dédiées au monde du travail dans la rubrique Commerce & Entreprise.

Questions fréquentes

Un employeur peut-il licencier un salarié en arrêt maladie ?

Oui, dans la plupart des cas. La maladie ordinaire (non professionnelle) ne protège pas contre le licenciement économique, pour insuffisance professionnelle ou pour faute. L’employeur ne peut cependant pas licencier en raison de la maladie elle-même : ce motif rend le licenciement nul. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, la protection est totale pendant toute la durée de l’arrêt.

L’arrêt maladie suspend-il le préavis de licenciement ?

Cela dépend de la convention collective applicable. Certaines conventions prévoient la suspension du préavis pendant l’arrêt maladie, ce qui repousse la date de fin de contrat. D’autres ne prévoient rien, et le préavis court alors même si le salarié est absent. En cas de licenciement économique, l’indemnité compensatrice de préavis est due même si le salarié ne peut pas l’effectuer pour cause de maladie.

Peut-on toucher les allocations chômage après un licenciement pendant un arrêt maladie ?

Oui, mais pas simultanément. Si l’arrêt maladie se prolonge après la fin du contrat, les indemnités journalières de la Sécurité sociale sont versées en priorité. L’ouverture des droits France Travail est possible, mais le versement des allocations chômage (ARE) est différé jusqu’à la fin de l’arrêt. Il faut s’inscrire à France Travail dans les 12 mois suivant la fin du contrat pour conserver ses droits.

L’arrêt maladie réduit-il l’indemnité de licenciement ?

Potentiellement oui. L’indemnité légale de licenciement se calcule sur le salaire de référence des 12 ou 3 derniers mois. Si des périodes d’arrêt maladie — pendant lesquelles le salaire est réduit ou absent — tombent dans cette période de référence, le montant peut baisser. Certaines conventions collectives neutralisent cet effet en excluant les mois d’arrêt du calcul. Vérifiez votre convention avant d’accepter toute proposition de rupture.

Que se passe-t-il si l’arrêt maladie commence après la notification du licenciement ?

Un arrêt maladie débuté après réception de la lettre de licenciement ne remet pas en cause la rupture du contrat. Le licenciement reste valable. En revanche, le salarié continue de percevoir ses indemnités journalières pendant la durée de l’arrêt, et l’employeur reste tenu au maintien de salaire prévu par la convention collective jusqu’à la fin effective du contrat. L’arrêt peut aussi influer sur la date de fin de préavis selon les dispositions conventionnelles.