Un arrêt maladie, ça n’arrive pas qu’aux autres — et quand ça tombe, la première question est rarement médicale. C’est : combien vais-je toucher ? La réponse est moins simple qu’on ne le croit, parce qu’elle mêle la Sécurité sociale, votre employeur, votre convention collective et parfois votre ancienneté. Autant démêler tout ça maintenant, au calme, plutôt que de découvrir sur votre bulletin de paie que vous avez perdu 30 % de revenus.
L’indemnité d’arrêt maladie repose sur deux niveaux distincts : les indemnités journalières versées par l’Assurance Maladie, et le complément que peut — ou doit — verser votre employeur. Ces deux flux ne s’additionnent pas automatiquement, et les conditions d’accès varient selon votre situation.
Les indemnités journalières de la Sécurité sociale
Qui peut en bénéficier ?
Pour toucher des indemnités journalières (IJ) de l’Assurance Maladie, il faut remplir des conditions précises au moment de l’arrêt. Trois critères cumulatifs s’appliquent :
- Avoir travaillé au moins 150 heures lors des 3 mois précédant l’arrêt (ou 600 heures sur 12 mois pour les arrêts longs)
- Avoir cotisé sur un salaire brut d’au moins 1 015 fois le SMIC horaire sur les 6 derniers mois
- Être salarié en activité — ou en chômage indemnisé sous conditions
Si vous venez de démarrer un emploi et n’avez pas encore ces heures au compteur, l’Assurance Maladie peut refuser de verser les IJ. C’est une situation rare mais réelle, notamment pour les extras et les travailleurs en CDD courts.
Comment se calcule le montant ?
La base de calcul, c’est votre salaire journalier de référence (SJR) : la moyenne de vos trois derniers salaires bruts divisée par 91,25. L’IJ brute représente 50 % de ce SJR, plafonnée à 1,8 fois le SMIC journalier, soit environ 52 € par jour en 2024.
50 %
du salaire journalier de référence — c’est le taux de base des indemnités journalières versées par l’Assurance Maladie
Concrètement : pour un salarié gagnant 2 400 € bruts par mois, le SJR est d’environ 79 €, et l’IJ brute sera de 39,5 € par jour. Après prélèvement à la source et CSG/CRDS (6,7 % au total), le net perçu descend autour de 37 €. Sur un mois entier, cela représente environ 1 100 € nets — loin du salaire d’origine.
⚠️ À garder en tête
Un délai de carence de 3 jours s’applique systématiquement sur les IJ de la Sécu. Ces 3 premiers jours d’arrêt ne sont pas indemnisés par l’Assurance Maladie — sauf en cas de maternité ou d’accident du travail.
Le complément employeur : ce que dit la loi
L’obligation légale depuis 1978
La loi de mensualisation de 1978 impose à tout employeur du secteur privé de maintenir une partie du salaire pendant un arrêt maladie, à condition que le salarié ait au moins 1 an d’ancienneté. Sans cette ancienneté, rien n’est dû légalement — sauf si la convention collective est plus favorable.
Le mécanisme est le suivant : l’employeur verse un complément qui, ajouté aux IJ de la Sécu, garantit un certain niveau de salaire. Les durées et taux varient selon l’ancienneté :
- 1 à 5 ans d’ancienneté : 90 % du salaire brut pendant 30 jours, puis 66,66 % pendant 30 jours
- 6 à 10 ans : 40 jours à 90 %, puis 40 jours à 66,66 %
- 11 ans et plus : jusqu’à 90 jours selon paliers progressifs
Ces durées s’entendent en jours calendaires, pas en jours ouvrés. Et elles s’apprécient par période de 12 mois glissants — si vous avez déjà eu un arrêt dans l’année, les droits se cumulent.
Convention collective : souvent plus avantageuse
Beaucoup de conventions collectives vont plus loin que la loi. Dans la métallurgie, le bâtiment ou le commerce, le maintien à 100 % du salaire net peut s’appliquer dès le premier jour, sans délai de carence employeur. Vérifiez toujours votre CCN avant de croire que vous êtes limité au plancher légal.
💡 Notre conseil
Demandez à votre service RH quelle est votre convention collective et ce qu’elle prévoit pour l’arrêt maladie. Une simple question peut vous éviter de penser à tort que vous êtes au minimum légal.
Arrêt maladie et congés payés : attention aux droits croisés
Un point que beaucoup de salariés ignorent : un arrêt maladie génère des droits à congés payés depuis la loi du 22 avril 2024, qui a aligné la France sur le droit européen. Avant cette réforme, les jours de maladie n’ouvraient pas de droits à CP — ce qui était contraire à la jurisprudence de la Cour de Justice de l’UE. Pour tout ce qui concerne les règles d’acquisition et de report, l’article Arrêt maladie et congés payés : décrypter vos droits détaille les modalités concrètes.
⚠️ Arrêt maladie et licenciement : les règles à connaître
Peut-on être licencié pendant un arrêt ?
Un arrêt maladie ordinaire ne protège pas contre le licenciement — contrairement à ce que beaucoup croient. L’employeur peut rompre le contrat si l’absence perturbe le fonctionnement de l’entreprise et nécessite un remplacement définitif. C’est le cas classique du poste qu’on ne peut pas laisser vacant.
En revanche, un licenciement prononcé en raison de l’état de santé du salarié est nul. La nuance est subtile mais fondamentale en cas de contentieux.
Indemnité de licenciement et arrêt maladie
Si un licenciement intervient pendant ou après un arrêt maladie, les règles de calcul des indemnités restent les mêmes. La période d’arrêt est prise en compte dans l’ancienneté. Le préavis, lui, court normalement — mais si le salarié ne peut pas l’exécuter pour raison médicale, l’employeur ne peut pas exiger qu’il soit effectué. L’indemnité compensatrice de préavis reste due.
| 🤒 Maladie ordinaire | 🏗️ Accident du travail / Maladie professionnelle |
|---|---|
| Pas de protection spécifique contre le licenciement. Préavis dû mais non exécutable médicalement = indemnité compensatrice. | Protection renforcée pendant toute la durée de l’arrêt. Licenciement quasi impossible sauf faute grave ou impossibilité de maintien total de l’entreprise. |
Fiscalité et cotisations sociales sur les IJ
Les indemnités journalières ne sont pas exonérées d’impôt — sauf dans deux cas précis : la maternité, et les IJ liées à une affection longue durée (ALD). Dans tous les autres cas, les IJ entrent dans le revenu imposable et sont soumises à la CSG (6,2 %) et à la CRDS (0,5 %).
Le complément employeur, lui, suit le régime du salaire classique : cotisations sociales normales, imposition sur le revenu, participation au calcul des droits retraite.
✅ À retenir
IJ en maladie ordinaire = imposables + CSG/CRDS. IJ en ALD ou maternité = exonérées d’impôt sur le revenu. Le complément employeur = traité comme du salaire à part entière.
Démarches pratiques pour percevoir ses indemnités
Recevoir ses indemnités ne se fait pas automatiquement. Voici la séquence à respecter :
Le médecin établit l’arrêt en ligne via Amelipro. Un volet vous est remis, l’autre part directement à l’Assurance Maladie.
Envoyez le volet employeur (ou un avis d’arrêt) dans les 48 heures. Passé ce délai, des sanctions peuvent s’appliquer selon la convention collective.
L’employeur transmet à l’Assurance Maladie l’attestation de salaire (DSN ou formulaire S3201) pour permettre le calcul des IJ.
L’Assurance Maladie verse les IJ directement sur votre compte bancaire, en général tous les 14 jours. Le complément employeur apparaît sur le bulletin de paie habituel.
Les employeurs du secteur privé peuvent opter pour la subrogation : ils avancent le montant total du salaire maintenu et se font rembourser ensuite par la Sécu. Dans ce cas, le salarié ne voit aucune rupture de revenus sur son bulletin — pratique fréquente dans les grandes entreprises. Pour aller plus loin sur les obligations des employeurs et les règles en matière de ressources humaines, la rubrique Commerce & Entreprise propose des ressources complémentaires sur la gestion du personnel.