Un arrêt de travail, ça tombe rarement au bon moment — et la première question qui vient, c’est souvent : « Combien vais-je toucher ? » La réponse est moins simple qu’un bulletin de paie ordinaire. Entre les indemnités de la Sécurité sociale, le maintien de salaire par l’employeur et le fameux délai de carence, le calcul peut surprendre — parfois agréablement, souvent moins.
Voici ce que le système prévoit réellement, avec les chiffres qui comptent et les situations qui changent tout.
Ce que verse la Sécurité sociale pendant un arrêt maladie
Les indemnités journalières : mode de calcul
La Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJ) dès lors que vous êtes affilié et que vous remplissez certaines conditions d’activité. Le montant se calcule sur la base de votre salaire brut des 3 derniers mois (ou 12 mois pour les salariés en CDD ou à activité irrégulière), divisé par 91,25. Résultat : l’IJ de base représente 50 % de ce salaire journalier de référence.
Concrètement, pour un salarié gagnant 2 400 € brut par mois, le salaire journalier de référence s’établit à environ 26,25 €. L’indemnité journalière tourne donc autour de 13,12 € par jour — nette de cotisations sociales, mais soumise à l’impôt sur le revenu et à la CSG/CRDS.
50 %
du salaire journalier brut de référence versé par la CPAM dès le 4e jour d’arrêt
Le délai de carence : 3 jours sans rien
Peu de salariés y échappent : les 3 premiers jours d’un arrêt maladie ordinaire ne donnent droit à aucune indemnité de la Sécurité sociale. Ce délai de carence disparaît dans quelques cas précis :
- Arrêt lié à une maladie professionnelle ou un accident du travail (pas de carence, indemnisation dès le 1er jour)
- Arrêt en cours de maternité ou de paternité
- Affection longue durée (ALD) reconnue par la CPAM
- Rechute d’un arrêt antérieur si l’intervalle est inférieur à 48 heures
Pour une grippe de 5 jours, vous n’êtes donc indemnisé par la CPAM que sur 2 jours. C’est court — et c’est là que l’employeur entre en jeu.
⚠️ À garder en tête
Les IJ sont plafonnées à 1,8 fois le SMIC journalier brut, soit environ 52 € par jour en 2024. Si votre salaire dépasse ce seuil, l’indemnité CPAM ne compensera qu’une fraction de votre perte. C’est le maintien de salaire patronal qui comble (ou non) la différence.
Le maintien de salaire par l’employeur
Ce que la loi impose
La loi prévoit un maintien de salaire par l’employeur, mais avec des conditions d’ancienneté. Après 1 an d’ancienneté, le salarié a droit à un maintien intégral (90 % du salaire brut) pendant 30 jours, puis à 66,66 % pendant 30 jours supplémentaires. Ces durées augmentent avec l’ancienneté : à partir de 6 ans, elles grimpent par tranche de 10 jours tous les 5 ans.
Attention : ce maintien s’entend après déduction des IJ versées par la CPAM. L’employeur complète, il ne double pas.
| Ancienneté | 90 % du salaire | 66,66 % du salaire |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans | 50 jours | 50 jours |
| 16 ans et plus | 60 jours | 60 jours |
La convention collective peut faire mieux
Le Code du travail fixe un plancher, pas un plafond. Beaucoup de conventions collectives prévoient un maintien à 100 % du salaire net dès le premier jour, parfois sans condition d’ancienneté. C’est le cas notamment dans les secteurs de la banque, de l’assurance ou de la fonction publique hospitalière.
Vérifiez votre convention collective — c’est souvent là que se trouve la vraie protection. Un rapide coup d’œil à votre bulletin de paie (la mention de la CCN y figure) ou un échange avec les RH suffisent.
💡 Notre conseil
Si votre employeur ne mentionne jamais le montant du maintien sur votre fiche de paie pendant l’arrêt, demandez une ventilation écrite. Certains employeurs oublient de déduire correctement les IJ ou appliquent la mauvaise convention. Un Trouver un avocat en droit du travail à Paris : le bon réflexe peut valider le calcul si le montant vous semble incohérent.
🎯 Cas particuliers qui changent le calcul
Accident du travail et maladie professionnelle
Le régime est nettement plus favorable. Les IJ versées par la CPAM atteignent 60 % du salaire journalier de référence dès le 1er jour, puis 80 % à partir du 29e jour d’arrêt. Pas de délai de carence, pas de condition d’ancienneté particulière pour l’employeur.
Le salaire de référence est ici calculé sur le dernier mois travaillé (et non sur 3 mois), ce qui favorise les salariés dont la rémunération venait d’augmenter.
Longue maladie et arrêt prolongé
Au-delà de 6 mois d’arrêt continu, la Sécurité sociale peut reconnaître une affection de longue durée (ALD). Les IJ continuent mais le maintien patronal, lui, a une durée maximale. Après épuisement des droits conventionnels, le salarié ne perçoit plus que les IJ — soit environ 50 % du salaire plafonné.
C’est à ce stade que la prévoyance collective entre en scène. Si votre entreprise dispose d’un contrat de prévoyance (obligatoire dans de nombreux secteurs depuis 2016), un complément d’indemnisation prend le relais, souvent jusqu’à 75 ou 80 % du salaire net. Vérifiez le tableau des garanties dans votre livret d’accueil ou auprès de votre service RH.
✅ À retenir
Trois niveaux d’indemnisation s’empilent : CPAM (50 % plafonné, après carence), employeur (complément légal ou conventionnel), prévoyance collective (complément long terme). Plus vous avez d’ancienneté et un bon contrat collectif, plus le filet est solide.
Vos démarches pour ne pas perdre vos droits
Un arrêt mal déclaré peut coûter cher. Le médecin remet un certificat en 3 volets : deux pour la CPAM, un pour l’employeur. Vous avez 48 heures pour transmettre ce dernier à votre employeur et envoyer les volets CPAM. Passé ce délai, la caisse peut réduire vos indemnités.
Il prescrit l’arrêt et remet le formulaire cerfa en 3 volets dès la consultation.
Volets 1 et 2 à votre CPAM, volet 3 (sans mention du diagnostic) à l’employeur.
L’arrêt mentionne des plages horaires de présence obligatoire au domicile (sauf sorties libres). Un contrôle médical inopiné peut réduire ou suspendre vos IJ en cas d’absence.
Les indemnités journalières sont imposables (sauf accident du travail). Elles apparaissent sur votre déclaration de revenus préremplie — vérifiez quand même le montant.
Pour les dirigeants, indépendants ou auto-entrepreneurs, les règles diffèrent sensiblement : les cotisations versées au régime général ou à la SSI (anciennement RSI) déterminent l’éligibilité et le niveau des IJ. Un accompagnement spécialisé reste utile — les ressources disponibles sur Commerce & Entreprise donnent des repères utiles sur les droits sociaux des non-salariés.
Un arrêt de travail, bien géré administrativement, ne devrait pas vous faire perdre un centime de plus que ce que la loi autorise. La plupart des erreurs de versement viennent d’une transmission tardive ou d’un employeur qui applique la mauvaise convention. Vérifiez, comparez, et n’hésitez pas à contester si les chiffres ne collent pas.